alter echo

Musiques nouvelles

Curation: Simon Mayer, bibliothécaire et mélomane

Étiquette : Électronique

  • Marc Leclair – Musique Pour 3 Femmes Enceintes

    In Sheep’s Clothing Hi-Fi (États-Unis)

    Le Montréalais Marc Leclair, actif sous le nom d’Akufen, a été un artisan important de la house cérébrale au tournant du millénaire.  Sa musique techno-funk rythmée, constituée d’assemblages d’échantillonnages hachurés et d’effets sonores audiophiles futuristes a été le fer de lance de la scène microhouse montréalaise. Son étoile a gardé sa brillance au fil des années, et voilà que certaines de ses parutions des années 2000 retrouvent une nouvelle vie sur vinyle.

    Avec Musique Pour 3 Femmes Enceintes, Leclair délaisse en 2005 la boîte de nuit pour créer, à partir de son vaste attirail d’outils électroniques, une œuvre intimiste de minimalisme dub-techno ambiant à lent déploiement. L’album présente une trame pour grossesse et enfantement, prenant la forme d’une exploration sensorielle en plusieurs stades, tous constitués de textures chaudes, invitant l’auditeur, l’auditrice à capter une brise cathodique et transformationnelle. Les thèmes de l’eau et de la lumière y dominent. Il s’agit d’une invitation à une écoute à la fois légère et profonde, dans laquelle on retrouve tout de même de nombreux éléments des parutions plus « clubbing » d’Akufen, tel  Architextures en 2000, qui connaît aussi un nouveau pressage cette année.

  • Crespi Drum Syndicate – Colada Talk

    Cinnamon Disc (États-Unis)

    Le duo Crespi Drum Syndicate de Jonathan Trujillo (Jonny From Space), qui fait habituellement dans les ambiances deep techno trip hop, et de Pablo Arrangoiz, qui percorle la tech house funk, offre, avec Colada Talk, un bouquet de techno tropicale polyrythmique et bruitiste. Les rythmes humides des scènes expérimentales latines et cérébrales de Miami associées surtout à l’étiquette Schematic Music Company,  présente des sons percussifs boisés et métalliques, beaucoup d’électronique, des fragments vocaux gutturaux rappelant la faune batracienne, des bidouillages de bruits de synthèse électro-acoustiques moulinés au synthétiseur Buchla, des hachures et des saccades, pour une panoplie de sons discordants, rhizomiques et sinueux, sans être très déroutants, vu leur inclusion brève à la trame rythmée.

    On retrouve les influences de l’expérimentation électronique allemande, des musiques de transe bruitiste japonaise, surtout dans le rythme, les textures, les fragments, les sensations nerveuses, le rituel abstrait, la gradation d’humidité et les traitements froids qui imprègnent les racines latines caribéennes du duo. Le résultat est une musique dub-funk synthétique syncopée au rythme soutenu, amphibien (illustration), invitant l’auditeur à ce trémousser dans un étrange marécage urbain.

  • Draamakuu – Toinen Vaihe

    Fonal Records (Finlande)

    Parution de 2026 de la persistante étiquette finlandaise Fonal, Toinen Vaihe (tr. : Deuxième phase) est le premier album du duo Draamakuu. Draama-Helmi (Helmi Kajaste), rappeuse fertile de l’inconfort et du désir, assure les paroles et la déclamation sur la musique de Kuupuu (Jonna Karanka), artisane vétérane d’une électronique psychédélique lo-fi et décalée qu’on a moins entendue ces dernières années. Deuxième phase donc, dans le cadre de laquelle le duo présente une cohésion mélodramatique étonnante compte tenu de leurs parcours respectifs.

    La déclamation intime de Draama-Helmi est insistante qu’à l’accoutumé, alors que la trame musicale de Kuupuu flirte avec le ballroom des années 1930, avec des présences de folk baltique, des impressions de rituel, d’occulte et de gothique, de dance floor. Empreinte d’un ludisme assumé, que ce soit par l’énergie, la répétition et l’importance du rythme et des sons psychédéliques, la musique nous peut nous porter près de la nature, de l’eau, dans une ambiance sonore étrange et froide, rappelant la résonance du son dans une piscine vide.