alter echo

Musiques nouvelles

Curation: Simon Mayer, bibliothécaire et mélomane

Étiquette : Rock alternatif

  • Les Attitudes Spectrales – Watch the Sword About to Drop

    I Love You Records (Lettonie)

    Les Attitudes Spectrales est un groupe rock de quatre musiciens de la scène de Riga. Il en est à son 5e album, un 3e comme quatuor. Le groupe a d’abord été un duo avec à la guitare Julien, qui est l’amoureux français de Rüta, la bassiste et voix féminine du duo vocal homme-femme. Le nom du groupe, qui peut surprendre, est le titre d’un poème du surréaliste André Breton.

    Ce rock simple et riche en émotions, au son ample et abrasif, live et direct, emprunte au rock psychédélique, au son peu affiné du post-hardcore, et au rock dissonnant. Le chant est souvent livré à pleine charge de rage, d’urgence, et parfois aussi de désinvestissement. Les Attitudes spectrales se joue des amalgames, comme déjà sur son premier album comme quatuor en réalisé en 2019, l’excellent Vampire In The Summer. L’époque est à l’inquiétude dans ce petit pays balte, voisin de l’agressif géant russe. C’est d’ailleurs l’album le plus sombre et féroce du groupe. Les amateurs d’indie rock américain bruyant des années 1990 devraient apprécier.

  • Wax Head – GNAT

    Sour Grapes Records (Angleterre)

    Voici le premier album du groupe de Manchester (Angleterre) Wax Head paru au printemps dernier. L’album offre une agression sonore bien affirmée sur les neuf courtes pièces garage psych-punk qu’il assène avec urgence et de manière soutenue. Un rock bruitiste, abrasif et irrévérencieux donc, porté par un souffle cru et motorique. Le rythme est donné par le chanteur qui est aussi batteur, et porté par une guitare bondissante, et un synthétiseur qui sonne comme une guitare!

    Ce rock garage, qui présente à la fois les phrasés rock n’ roll et l’esthétique rude de mise, pratique la saturation par mur de son, tout en demeurant très énergique et dansable. Le groupe assume une parenté avec des groupes des année 2010 comme Osees, Metz, King Gizzard. Les puissants effets grincent, les improvisations sont contenues et la voix réverbérée perce l’ensemble sans s’imposer. Wax Head lance en orbite un rock spatial puissant qui peut rappeler un groupe des années 1990 comme Kustomized et les pièces punk de Man or Astroman?.  

  • Rick White & Julie Doiron – Together

    Blue Fog Records (Canada)

    Rick White et Julie Doiron auront mis trente ans pour réunir leurs voix sur un album depuis l’aventure du groupe Eric’s Trip. Emblématique de la pop indépendante des provinces maritimes du début des années 1990, Eric’s Trip a connu une renommée internationale depuis le Nouveau-Brunswick après avoir touché intimement de nombreux fans avec son approche lo-fi de chambre à coucher et grâce à sa signature sur l’étiquette Sub Pop de Seattle.

    Après Eric’s Trip, Julie a connu une carrière solo florissante avec sa voix et sa guitare. Son approche résolument indépendante lui a permis de perdurer et de collaborer avec des musiciens estimés. Ces dernières années, sa relation amoureuse avec Dany Placard, et leur album de couple Julie & Dany paru en 2022, lui a donné une visibilité plus grande auprès des francophones du Québec.

    On la retrouve donc ici avec son premier complice amoureux Rick White, pour un album bien ficelé de quatorze brèves compositions de ce dernier. Des pépites légères (pensez aux collections de « Nuggets ») qui, comme pouvait le laisser présager l’illustration de l’album, portent l’esprit garage psychédélique des années 1960. L’accord des voix féminine et masculine s’y pose sur les sonorités fuzz, avec de la distorsion granulaire riche en harmonique et des mélodies aigres-douces et accrocheuses à la saveur romantique et bon enfant des Maritimes. 

  • Stefano Pilia/Oliver Mann – Precious Moments

    tsss tapes (Italie)

    L’étiquette italienne tsss tapes sort des sentiers de l’acoustique bruitiste qu’elle explore souvent pour présenter une rencontre singulière parue d’abord plus confidentiellement en 2022. Le duo du guitariste italien Stefano Pilia et de l’artiste lyrique australien Oliver Mann offre neuf courtes pièces intimes pour lesquelles ils ont attiré la collaboration de Mick Turner, guitariste du légendaire et persistant trio australien Dirty Three, ainsi que de musiciens de cuivre européens.

    Mann, baryton-basse familier des répertoires baroque et classique, peut surprendre ici en abordant avec pénétration et douceur la chanson folklorique plutôt que le chant lyrique. Ce sont plutôt les cuivres qui présentent ici et là des matériaux rappelant la Renaissance et le baroque. La guitare électrique folk offre toutefois la trame qui domine, avec l’abstraction et les créations atmosphériques que les amateurs des dérives colorées de Mick Turner reconnaîtront.

    Avec cette œuvre, Stefano Pilia poursuit une carrière où il n’a de cesse d’explorer les collaborations et les espaces acoustiques de la guitare électrique, cette fois en élaborant, avec Turner, un écrin riche, bien qu’aéré et dépouillé, dans lequel la voix du chanteur trouve la liberté et les résonances convenant à ses pérégrinations à la fois intimes et ancestrales.

  • Shiner – Believeyoume

    Spartan Records (États-Unis)

    Acteur tardif de la scène post-hardcore de Kansas City et de l’emo du Mid-West des années 1990, le groupe Shiner a persisté au-delà des années 2000, notamment avec l’incarnation durable, à Chicago, de The Life and Times. Shiner a surpris en 2020 avec Schadenfreud, un premier album en près de 20 ans. Le groupe est actuellement en tournée avec pour l’album Believeyoume paru l’automne dernier. Sur celui-ci, le groupe poursuit la recherche d’atmosphères électriques du créneau space rock exploré ces deux dernières décennies. Cette nouvelle proposition chemine à nouveau plus à fond dans le shoegaze musclé avec intensité, lourdeur et honnêteté émotionnelle, portées par des refrains intenses propulsés par des poussées rythmiques robustes et bien senties.

    Les paroles et le ton d’Allen Epley confient des difficultés relationnelles et des angoisses existentielles avec un aplomb très masculin et assuré. Une grande réussite de cet album est la créativité et la maîtrise de la matière sonore, construite de distorsion saturée, créant un gros son dense, riche de tension et de textures, grâce à des effets électriques intégrés aux arrangements avec beaucoup de contrôle. La batterie tonne, les guitares sont pleines, la basse est enveloppante.