alter echo

Musiques nouvelles

Curation: Simon Mayer, bibliothécaire et mélomane

Étiquette : Folk

  • Christina Carter – Extraire

    Regional Bears (Angleterre)

    Connue pour son duo Charalambides avec Tom Carter dans les années 1990 et 2000, Christina Carter tient aussi une carrière solo disséminée sur plusieurs petites parutions à tirage intime. Construite sur des guitares étirées et hypnotiques, une voix énigmatique, de la répétition et de subtiles variations, de la poésie, son œuvre a connu une évolution très récemment avec l’apparition de l’utilisation de l’accordéon. D’abord timidement parmi d’autres instruments en 2025, avec l’album Like A Bayou To Its Gulf, puis maintenant avec Extraire, sur lequel elle ne joue que de l’accordéon.

    La lenteur et la répétition des motifs prolongés caractéristiques de Chritina y sont transposés de la guitare à l’accordéon, avec des intonations plus radieuses. On y devine des références aux musiques traditionnelles des bayous ensoleillés de Houston, d’où l’artiste est originaire, alors que l’utilisation de la langue française dans le titre et le jeu de la musicienne peuvent aussi rappeler la Louisiane. Avec l’exploration acoustique des timbres de l’accordéon soutenue sur Extraire, Carter passe encore une fois de l’ombre à la lumière. Pour oreilles patientes.

  • Burhan Öçal & Jamaaladeen Tacuma – Trakya Funk

    Gulbaba Records (Turquie)

    Près de 25 ans après l’expérience marquante de Groove Alla Turca, qui avait tourné et notamment tenu la tête d’affiche d’une grande soirée de concert extérieur au Festival international de Jazz de Montréal. Burhan Öçal et Jamaaladeen Tacuma se retrouvent à nouveau, et s’associent aux collaborateurs subséquents d’Öçal, les Trakya Funk All-Stars, pour présenter ce nouvel album à la fin de 2025.

    Buran Öçal est un percussionniste qui a beaucoup travaillé à faire découvrir les musiques traditionnelles turques, en menant de grands ensembles, par exemple le Istanbul Oriental Ensemble dans les années 1990. Jamaaladeen Tacuma est un artisan de l’avant-garde jazz et du funk américain qui joue de la basse électrique. Les deux meneurs reprennent la conduite avec une section rythmique abordant explicitement les traditions balkaniques et gitanes, en donnant des temps 9/8 syncopés et si dansants.

    En plus d’offrir encore une fois une patine très urbaine aux musiques traditionnelles, le projet d’Öçal et Tacuma présente des pièces aux mélodies plus douces qui y fusionnent des instrumentations synth jazz-funk et pop contemporaine, contrastant avec la puissance, le maximalisme des pièces où l’ensemble, la clarinette à l’avant-plan, colore les rythmes soutenus et festifs. Des amateurs des grands ensembles de Rabih Abou Khalil pourraient y trouver de bons plaisirs.

  • Stefano Pilia/Oliver Mann – Precious Moments

    tsss tapes (Italie)

    L’étiquette italienne tsss tapes sort des sentiers de l’acoustique bruitiste qu’elle explore souvent pour présenter une rencontre singulière parue d’abord plus confidentiellement en 2022. Le duo du guitariste italien Stefano Pilia et de l’artiste lyrique australien Oliver Mann offre neuf courtes pièces intimes pour lesquelles ils ont attiré la collaboration de Mick Turner, guitariste du légendaire et persistant trio australien Dirty Three, ainsi que de musiciens de cuivre européens.

    Mann, baryton-basse familier des répertoires baroque et classique, peut surprendre ici en abordant avec pénétration et douceur la chanson folklorique plutôt que le chant lyrique. Ce sont plutôt les cuivres qui présentent ici et là des matériaux rappelant la Renaissance et le baroque. La guitare électrique folk offre toutefois la trame qui domine, avec l’abstraction et les créations atmosphériques que les amateurs des dérives colorées de Mick Turner reconnaîtront.

    Avec cette œuvre, Stefano Pilia poursuit une carrière où il n’a de cesse d’explorer les collaborations et les espaces acoustiques de la guitare électrique, cette fois en élaborant, avec Turner, un écrin riche, bien qu’aéré et dépouillé, dans lequel la voix du chanteur trouve la liberté et les résonances convenant à ses pérégrinations à la fois intimes et ancestrales.