alter echo

Musiques nouvelles

Curation: Simon Mayer, bibliothécaire et mélomane

Étiquette : Angleterre

  • Wax Head – GNAT

    Sour Grapes Records (Angleterre)

    Voici le premier album du groupe de Manchester (Angleterre) Wax Head paru au printemps dernier. L’album offre une agression sonore bien affirmée sur les neuf courtes pièces garage psych-punk qu’il assène avec urgence et de manière soutenue. Un rock bruitiste, abrasif et irrévérencieux donc, porté par un souffle cru et motorique. Le rythme est donné par le chanteur qui est aussi batteur, et porté par une guitare bondissante, et un synthétiseur qui sonne comme une guitare!

    Ce rock garage, qui présente à la fois les phrasés rock n’ roll et l’esthétique rude de mise, pratique la saturation par mur de son, tout en demeurant très énergique et dansable. Le groupe assume une parenté avec des groupes des année 2010 comme Osees, Metz, King Gizzard. Les puissants effets grincent, les improvisations sont contenues et la voix réverbérée perce l’ensemble sans s’imposer. Wax Head lance en orbite un rock spatial puissant qui peut rappeler un groupe des années 1990 comme Kustomized et les pièces punk de Man or Astroman?.  

  • Tamar Osborn – Varier: Berlin

    Dark Circle Recordings (Angleterre)

    Parution berlinoise, la première de ce projet de Tamar Osborn qui regroupe des artisans plutôt jeunes, actifs et diversifiés de la planète de l’expérimentation jazz. La seconde parution, au printemps prochain, sera londonienne. L’ensemble cumule, par ses membres, beaucoup d’expérience dans l’intégration de sonorités et traditions étrangères au jazz.

    Tamar Osborn y est au puissant saxophone baryton et un peu à la flute. Elle est secondée aux mêmes instruments, ainsi qu’au saxophone alto par le cubain Regis Molina. L’égyptien Maurice Louca est aux effets de guitare, au clavier et à l’électronique. La basse est assurée par l’italienne Rosa Brunello, alors que Maurizio Ravalico offre une forte présence des percussions, pour lesquelles il est toujours accompagné.

    Osborn souhaitait que les pièces prennent des voies transformationnelles vers la guérison. L’improvisation free jazz, qui vise explicitement ici l’apaisement et le bien-être, est colorée accessible aux non-habitués du genre. Chaque musicien est rompu aux collaborations audacieuses et sait prioriser l’ensemble aux écartades. L’exercice est fortement encadré par la compositrice, qui ancre les pièces à l’aide de concepts simples, priorisant la richesse harmonique et texturale.

  • Paul Dunmall – Afraid To Speak

    Discus Music (Angleterre)

    Ce nouvel album de Paul Dunmall présente de la musique jazz improvisée en groupe, s’inscrivant en continuité de la grande tradition free jazz britannique de la seconde moitié du XXe siècle.  

    Bien que Paul Dunmall ait ralenti le rythme de publication ces dernières années, il sait toujours très bien s’entourer, y compris avec des plus jeunes. Le saxophoniste ténor et soprano, en très bonne forme ici, donne beaucoup de place aux autres membres de l’ensemble, notamment à Corey Mwamba au vibraphone qui participe avec verve percussive et couleurs. Steven Saunders prend aussi un rôle important à la guitare électrique. D’abord en arrière-plan, puis parfois au son de rock et de bruitisme, Saunders en vient à lancer des salves, rappelant la manière de Loren Connors. Dave Kane à la contrebasse et Miles Levin à la batterie offrent toutes les textures inventives et nécessaires à supporter ces grands solistes.

    Les montées d’urgence du groupe sont progressives et contenues, démontrant que ces musiciens virtuoses savent se fondre en groupe. À remarquer, l’apparition fulgurante du jeune Xhosa Cole à la flute, qui offre une finale fort expressive à l’album avec la pièce Narendra.