alter echo

Musiques nouvelles

Curation: Simon Mayer, bibliothécaire et mélomane

Étiquette : Free jazz

  • Luke Stewart Exposure Quintet – In the Air and on the Ground

    RogueArt (France)

    Voici un second album pour ce groupe rassemblé par le bassiste Luke Stewart, après que le quintet ait présenté un premier album éponyme remarqué chez Astral Spirits en 2020. L’étiquette française RogueArt poursuit en 2026 son travail d’édition de free jazz de Chicago avec constance. Stewart, qui est basé à Washington D.C., s’associe donc à nouveau à quatre piliers de la scène du Midwest pour des compositions avec liberté de manœuvre. C’est qu’il en faut habituellement pour l’animateur punché et hyperactif Ken Vandermark, ici en bonne partie au saxophone baryton et à la clarinette basse, pour Ed Wilkerson Jr, aux mêmes instruments mais au ténor et à l’alto, pour le percussionniste et batteur polyrythmique Avreeayl Ra, et pour le pianiste et claviériste Jim Baker.

    On trouve dans la musique à la fois libre, puissante et subtile qui en ressort les résultats de l’expérimentation de ces vétérans sur la vélocité, la texture et les timbres, inscrivant ce collectif dans l’héritage de l’Association for the Advancement of Creative Musicians (AACM) de Chicago. Leurs appétences pour l’expérience collective de composition et d’improvisation, pour le jazz radieux et le jazz noir des grandes villes, emplis de blues, ainsi que pour les réminiscences ancestrales des traditions afro-américaines rappelant des rituels de communication cosmique de cet héritage rencontrent une volonté d’écoute et d’empreinte de l’énergie de quelques grandes villes, desquelles des captages sonores offrent des trames de fond à quelques pièces de l’album.

  • Tamar Osborn – Varier: Berlin

    Dark Circle Recordings (Angleterre)

    Parution berlinoise, la première de ce projet de Tamar Osborn qui regroupe des artisans plutôt jeunes, actifs et diversifiés de la planète de l’expérimentation jazz. La seconde parution, au printemps prochain, sera londonienne. L’ensemble cumule, par ses membres, beaucoup d’expérience dans l’intégration de sonorités et traditions étrangères au jazz.

    Tamar Osborn y est au puissant saxophone baryton et un peu à la flute. Elle est secondée aux mêmes instruments, ainsi qu’au saxophone alto par le cubain Regis Molina. L’égyptien Maurice Louca est aux effets de guitare, au clavier et à l’électronique. La basse est assurée par l’italienne Rosa Brunello, alors que Maurizio Ravalico offre une forte présence des percussions, pour lesquelles il est toujours accompagné.

    Osborn souhaitait que les pièces prennent des voies transformationnelles vers la guérison. L’improvisation free jazz, qui vise explicitement ici l’apaisement et le bien-être, est colorée accessible aux non-habitués du genre. Chaque musicien est rompu aux collaborations audacieuses et sait prioriser l’ensemble aux écartades. L’exercice est fortement encadré par la compositrice, qui ancre les pièces à l’aide de concepts simples, priorisant la richesse harmonique et texturale.

  • Paul Dunmall – Afraid To Speak

    Discus Music (Angleterre)

    Ce nouvel album de Paul Dunmall présente de la musique jazz improvisée en groupe, s’inscrivant en continuité de la grande tradition free jazz britannique de la seconde moitié du XXe siècle.  

    Bien que Paul Dunmall ait ralenti le rythme de publication ces dernières années, il sait toujours très bien s’entourer, y compris avec des plus jeunes. Le saxophoniste ténor et soprano, en très bonne forme ici, donne beaucoup de place aux autres membres de l’ensemble, notamment à Corey Mwamba au vibraphone qui participe avec verve percussive et couleurs. Steven Saunders prend aussi un rôle important à la guitare électrique. D’abord en arrière-plan, puis parfois au son de rock et de bruitisme, Saunders en vient à lancer des salves, rappelant la manière de Loren Connors. Dave Kane à la contrebasse et Miles Levin à la batterie offrent toutes les textures inventives et nécessaires à supporter ces grands solistes.

    Les montées d’urgence du groupe sont progressives et contenues, démontrant que ces musiciens virtuoses savent se fondre en groupe. À remarquer, l’apparition fulgurante du jeune Xhosa Cole à la flute, qui offre une finale fort expressive à l’album avec la pièce Narendra.